Les Utopies Concretes - Esprit




Les utopies concrètes sont-elles de gauche ?

jeudi 29 novembre 2001, par Emmanuel J. Duits


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Les utopies concrètes sont-elles d’extrême-gauche ? Si être d’extrême-gauche, c’est adhérer à l’écologie, vouloir la co-décision, la démocratie directe, l’autogestion, le partage des richesses, des savoirs et du pouvoir, la solidarité Nord-Sud, évidemment les Utopies concrètes sont d’extrême-gauche. Mais si être d’extrême-gauche c’est « appartenir » à un mouvement et se donner une mentalité de secte laïque, refuser le dialogue avec untel sous prétexte qu’il n’a pas les mêmes idées que soi, employer des accusations et des malédictions contre ses adversaires politiques, user de violence, vouloir prendre le pouvoir quels qu’en soient les moyens « pour la bonne cause », alors les utopies concrètes n’ont rien à voir avec l’extrême-gauche.

De toutes façons, les étiquettes me dépriment ; je veux pouvoir discuter avec tout le monde, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, m’intéresser à toutes les idées, croyances, expériences, ne pas me limiter avec des tabous intellectuels et des rejets systématiques. Je veux pouvoir tout analyser et tout discuter, ce qui ne signifie pas que je sois d’accord avec tous !

Les utopies concrètes semblent encore en délicatesse sur un point avec les courants d’extrême-gauche traditionnels : à propos de l’intérêt pour la vie intérieure, la méditation, les états modifiés de conscience, etc. Bien sûr, les religions, avec leur caractère dogmatique et leur hiérarchie répressive, s’opposent totalement aux Utopies concrètes. Mais l’athéisme, quand il devient dogmatique, est aussi une forme de croyance, et relève du besoin de se raccrocher à une certitude (« Dieu n’existe pas ! »). C’est le contraire de l’esprit de recherche… L’utopie concrète s’intéresse à ce que les hommes, de différentes opinions, cultures, croyances, etc., peuvent chercher en commun ; non aux réponses toutes faites, qui barrent les routes et empêchent le voyage…

Ainsi, il y a quand même quelques points qui méritent examen et ont « le droit de vivre » dans les approches religieuses : peut-être cette attention à la vie intérieure, cette volonté de « développer » la sensibilité, la beauté, les capacités psychiques latentes… Pour être franc, notre monde moderne a des leçons de méditation et d’esthétiques à recevoir des courants religieux ; en architecture, je préfère les monastères aux HLM, les Mosquées aux sièges sociaux, en musique je crois que le Chant Grégorien vaut mieux que le rap… Et tant pis si ça choque de dire ça ! Par cet intérêt pour les états de conscience modifiés, la quête de soi, l’utopie concrète est proche du mouvement hippie.

Maintenant, allons à l’absurde. « Vous n’êtes pas complètement de gauche, pour la gauche, donc vous êtes de droite. » Déjà Jésus le disait : « Ceux qui ne sont pas avec moi, sont contre moi. » Faut-il vouloir étiqueter l’utopie concrète comme une nouvelle forme de « droite » et de « réaction » ? Mais cela paraît impossible, et ce, pour une raison de fond : les courants de droite promeuvent l’idée de hiérarchie. Pouvoir hiérarchique. Hiérarchie des « races ». Dieu, l’Eglise, les simples hommes obéissants. Or, l’utopie concrète pousse à l’extrême le principe d’égalité et d’individualité. Elle s’inscrit en faux contre l’ancienne et la nouvelle droite. Quant au libéralisme, il s’oppose évidemment à l’écologie et à la décroissance (= croissance négative, consommer moins, travailler moins etc.), deux piliers de l’utopie concrète. Dont acte.

Pourtant, il s’agit de prendre partout ce qui nous plaît et va vers un mieux-être psychologique et matériel pour tous, sans se demander si ce sont des religieux, des gauchistes, des fachos, des communistes, des libéraux, etc., qui ont pondu telle ou telle idée éventuellement intéressante !

Ainsi, l’ouverture d’esprit constitue un des premiers points de la méthode utopiste concrète, tout comme la non-violence, la curiosité, la recherche d’une articulation des mouvements pour un changement global… Conséquemment, nous sommes contre les excès du politiquement correct, contre la censure et la police des mœurs ; ceci ne veut pas dire qu’il faut tout permettre, mais qu’il devrait y avoir liberté totale d’expression (position soutenue traditionnellement par des libertaires comme Noam Chomsky ou Cohn-Bendit…). Nous considérons que les individus doivent avoir accès à toutes les idées pour pouvoir les comparer et grandir ; dire l’inverse, c’est reconnaître que la démocratie ne vaut rien et qu’il faut des « élites éclairées » pour filtrer l’information, interdire tel film, permettre telle émission, etc. Non, définitivement non, à la censure.

Auteur(s)
Emmanuel J. Duits
Les Utopies Concrètes

Instigateur des Utopies Concrètes



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